Qui savait ?

sarko     Qui savait ? C’est la question dont on a l’impression qu’elle a été la plus posée cette semaine. On est passé d’affaire en affaire, en commençant des surfacturations pendant la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, aux écoutes de Buisson lorsqu’il était conseiller de Nicolas Sarkozy, et enfin aux écoutes téléphoniques de Nicolas Sarkozy.

Cette dernière affaire a suscité l’émoi général. En effet, Nicolas Sarkozy, soupçonné de trafic d’influence, dossier mettant en cause un magistrat à la Cour de cassation, juridiction suprême de notre système judiciaire, est placé sous écoute dans le cadre d’une instruction. L’existence de ces écoutes est dévoilée, alors on se demande qui, au gouvernement, ou même à l’Elysée, savait qu’elles existaient.

Quel est l’intérêt de savoir qui savait que cette instruction avait été lancée ? Pourquoi cette question, plutôt que de s’intéresser sur la réalité du trafic d’influence ? Et surtout, comment de graves soupçons pesant sur d’anciens dirigeants du pays ont-ils pu être retournés contre le gouvernement en place ?

La question « qui savait » rappelle un problème qui ressurgit très régulièrement dans la presse, à savoir l’indépendance de la justice. L’indépendance de la justice, c’est la séparation des pouvoirs, théorisée notamment par Montesquieu, garantissant l’Etat de droit et une justice impartiale, et donc la bonne application de la loi. Ainsi, au-delà des dossiers d’écoutes ou de surfacturation, c’est bien l’ensemble de notre système judiciaire que l’on cherche à discréditer.

Autrement-dit, il faut choisir le coupable entre d’anciens dirigeants et le système lui-même : les dirigeants de droite qui ont été au pouvoir pendant dix ans ont-ils commis des actes contraires aux lois pénales de notre pays, ou est-ce le gouvernement en place, donc le pouvoir exécutif, qui instrumentalise la justice dans une logique politique.

Il est tout de même surprenant de se poser de telles questions alors que le candidat Hollande, dans ses 60 propositions, proposait une réforme en profondeur, non seulement du statut des magistrats, mais également du système judiciaire, devant en garantir l’indépendance, notamment en rendant impossible l’intervention du Garde des Sceaux dans les affaires en cours.

On comprend alors difficilement les suspicions quant au fait que peu de personnes, au sommet de l’Etat, avaient eu connaissance de ces affaires. Il s’agit certes de questions graves, car impliquant des personnes qui ont des responsabilités, ou qui en ont eu, mais il s’agit néanmoins de justiciables, de personnes pouvant être condamnée par la justice au même titre que d’autres personnes pourraient l’être. Il est donc tout à fait normal, dans un Etat de droit, que le pouvoir exécutif ne soit pas présent au cœur d’un dossier impliquant un ancien chef d’Etat.

L’imaginaire collectif est d’autant plus encouragé que peu d’éléments sont parus dans la presse, et que l’on veut combler les vides en lançant des suspicions mal-fondées.

La situation est donc absolument intolérable, car en partant d’affaires visiblement douteuses, on en arrive à remettre en cause l’institution judiciaire toute entière. Il suffit d’imaginer une personne lambda condamnée pour vol, qui s’en prendrait à l’institution et demanderait la démission des magistrats qui l’ont condamnée, et pourquoi pas celle de la garde des sceaux. Dit ainsi, la situation parait amusante, mais dans le cas présent personne ne s’en étonne.

On ne peut que se féliciter que Christiane Taubira n’ait pas démissionné de ses fonctions de Garde des Sceaux, il ne faut pas oublier le travail formidable qu’elle a fourni pour les français, allant de la légalisation du mariage entre personnes de même sexe en 2013, à la réforme de la contrainte pénale qui ne saurait tarder. Tant de réformes que l’on attendait, et que la ministre a admirablement conduites.

Enfin, pour conclure, lorsque l’on est républicain, on se doit de respecter la justice de son pays et les institutions qui la représentent. Les magistrats qui rendent la justice le font au nom du Peuple et pour le Peuple français, les garanties de leur indépendance sont aujourd’hui parmi les meilleures.

Ainsi, laissons la justice rendre son verdict et condamner les coupables s’il y a lieu.

Alexandre CHARPY

Auteur de l’article : Jeunes Socialistes du Lot