Le travail de nuit, ou le retour au XIXe siècle

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La presse s’est saisie cette semaine de la décision imposant aux gérants, du magasin Sephora, de fermer boutique à 21h. En effet, sur les Champs Elysées, il était encore possible d’accueillir la clientèle jusqu’à minuit. D’un côté des associations se félicitent, de l’autre des salariés et l’employeur crient à une atteinte à la liberté du travail.

Mais est-il honnête de dire que l’on est encore libre de travailler ou non ? Et faut-il, sous prétexte de liberté, tolérer toutes les formes de travail ?

C’est un combat cher aux ouvriers et aux socialistes que d’améliorer la condition des travailleurs, depuis la révolution industrielle. Lorsque les petits ateliers se sont transformés en grandes manufactures, en usines, la nécessité est apparue de réglementer le travail. En effet, avec l’apparition de nouvelles techniques de production, ont également été inventées des manières d’optimiser les profits, telles que le travail à la chaîne, ou encore le travail des enfants.

Avec le temps, les travailleurs ont acquis de nouveaux droits face au pouvoir de l’employeur, pouvoir bien accru en période de crise. Ces acquis, ce sont la baisse de la durée légale du travail, l’interdiction du travail des enfants, la prohibition des discriminations de toutes sortes, ou encore du harcèlement, moral ou sexuel.

On peut dire qu’en période de crise, le pouvoir de l’employeur s’agrandit encore un peu. En effet, avec le nombre d’emplois en baisse, le marché du travail est beaucoup plus réduit. Les travailleurs disposant d’un emploi ne peuvent donc que difficilement se permettre de perdre cet emploi. Les employeurs, pas tous évidemment, mais certains d’entre eux, profitent donc du contexte pour imposer de nouvelles conditions à leurs salariés, notamment le travail de nuit.

Mais où sont passés les acquis sociaux ? En réalité dix ans de droite seront bien difficiles à rattraper, surtout en matière de droit du travail. En effet, le travail n’est pas une fin en soi. On ne travaille pas pour le plaisir de travailler, ni pour évoluer dans une carrière, du moins pas pour la plupart des salariés en France. Le travail est, en fait, un moyen d’atteindre des objectifs de nature plus personnelle, tels que fonder une famille, accéder à la propriété, payer des études aux enfants… Le travail n’est donc, non pas une fin en soi, mais un moyen d’accéder au bonheur.

Qui peut dire aujourd’hui que travailler de nuit, on le fait par plaisir ? Les enfants qui descendaient à la mine au XIXe siècle, ils en avaient envie aussi ? Ce n’était pas une question d’envie, mais de nécessité, à un temps où il fallait que chaque membre valide de la famille travaille pour pouvoir se nourrir et se loger.

Nous en arrivons au même point, quand on veut nous imposer le capitalisme comme seule possible sortie de crise. Et les libéraux (au sens économique) ont montré qu’ils ont eu tort. Si les salariés veulent faire des heures supplémentaires, s’ils sont, à leurs heures perdues en rentrant le soir, auto-entrepreneurs, est-ce pour le seul plaisir de travailler ? Pour le seul plaisir d’amasser de l’argent ? Bien sûr que non, depuis des années, on ne s’enrichit plus en travaillant, aujourd’hui on maintient tout juste un niveau de vie.

Alors, nous, jeunes socialistes, nous devons être contre le travail de nuit, car s’il est une nécessité, c’est parce que les revenus ne permettent plus de maintenir un bon train de vie. Ainsi, lorsque le salarié n’est plus assez fort, c’est l’Etat qui doit dire stop, et c’est ce qu’il a fait.

D’autres combats que le travail de nuit nous attendent, comme la lutte contre le travail dominical, qui s’invite également dans l’actualité de temps en temps, mais il ne faudra pas oublier, que ceux qui nous disent qu’une régression se justifie par un quelconque contexte, ont forcément commis des erreurs auparavant, et qu’il faudra bien un jour les assumer.

Alexandre CHARPY

Auteur de l’article : Jeunes Socialistes du Lot