Accompagnement de fin de vie dans la dignité : un débat qui s’ouvre !

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A peine le mariage pour tous adopté, c’est un nouveau sujet d’éthique qui devrait faire son entrée à l’Assemblée Nationale incessamment sous peu et revenir dans les 1ères loges de notre société : les interrogations autour de l’accompagnement de fin de vie.

A l’heure où l’euthanasie a déjà été autorisée dans certains pays européens tels que la Belgique, le Pays Bas ou même le Luxembourg, le sujet semble préoccuper si l’on en croit les sondages. En effet, d’après le célèbre quotidien Le Monde, 56% des français souhaitent être médicalement assistés pour décéder si un cas de maladie incurable se présentait.

C’est un long et douloureux débat qui va être bientôt abordé. Un débat lourd de sens et de portée, la volonté à décider libre du cours de son existence semble être difficile à articuler avec l’horreur que représente la mort, la perte d’un être cher et unique.

Par conséquent, nous vous proposons cet article qui a pour but de vous éclairer sur un sujet sensible, passionné, et que notre société peine à traiter au même titre que bien d’autres avant : peine de mort, essais biomédicaux…

Tout d’abord, qu’es ce que l’euthanasie ?  La majorité des gens pensent que l’euthanasie consiste à injecter un produit pour provoquer le décès d’un malade qui souffre. C’est en partie vrai, mais il ne faut pas généraliser, car cette explication n’est pas suffisante pour définir ce que recouvre cette notion. En effet, « euthanasie » qui vient du grec « euthanathos » signifie en réalité « bonne mort », c’est-à-dire dans de bonnes conditions.

De plus, il ne faut pas confondre euthanasie, qui signifie un ensemble de méthodes médicales visant à provoquer la mort d’un patient dans un but d’abreger des souffrances morales et/ou physiques provoquées par une maladie incurable, et aide au suicide. De nombreuses personnes ont demandé l’euthanasie car elles ne voulaient pas se suicider. Si la différence entre les deux est ténue, le suicide est considéré un peu comme une mort en « loucedé » ; l’euthanasie représentant un acte réfléchi, volontaire et argumenté. Cette dernière est une certaine preuve d’une discussion avec les proches qui sont au courant de l’acte accompli.

Le recours à l’euthanasie est donc ni une punition, ni une condamnation mais au contraire, un moyen simple de pouvoir achever sa vie dans la dignité, en limitant un maximum de souffrance. Mais cette dernière nécessite d’être encadrée pour éviter les abus ; la disparition de tout être ne doit se faire qu’avec l’absolue volonté personnelle.

Il existe plusieurs types d’euthanasies différentes :

  • Celle dite passive, qui est en fait l’arrêt d’un traitement nécessaire à la vie d’un patient, de manière à ce qu’il décède naturellement, faute d’absence de traitement, dans un but de limiter l’acharnement thérapeutique, tel que le préconise la loi Léonetti de 2005.

  • Celle dite active, qui a pour but d’abréger la vie d’un patient en souffrance, à l’aide d’une assistance médicale, en lui injectant  par voie intraveineuse ou orale un médicament qui lui provoquera un arrêt cardiaque et donc une mort moins douloureuse.

De la même manière, il existe plusieurs formes d’euthanasie avec d’une part une euthanasie volontaire lorsque le patient a toutes ses capacités mentales pour demander une mort provoquée, et d’autre part une euthanasie non volontaire lorsqu’on ne connaît pas cette même volonté. A cela s’ajoute l’euthanasie involontaire, qui  elle est considérée comme un crime, car elle vise à provoquer la mort d’un patient qui à toute sa tête, contre son gré. L’euthanasie involontaire peut être jugée comme un meurtre du fait que l’on va contre la volonté d’une personne, mais l’euthanasie non volontaire ne peut pas être caractérisée comme un assassinat. En effet, cette pratique est précédée d’un long processus de concertation avec la famille et les médecins du patient, qui ne prennent pas une décision aussi importante à la légère.

Les explications à propos de l’euthanasie étant terminées, nous allons dès à présent aborder le cas de la législation française en matière de fin de vie.

En France, l’euthanasie active est interdite. Cependant, l’euthanasie passive est légale, avec la loi Leonetti du 22 avril 2005 relative aux droits des patients en fin de vie. En effet, cette dernière a pour but de lutter contre l’euthanasie active, qui a été jugé comme un crime par les législateurs de l’époque, tout en proposant au patient et à la famille du mourant, l’arrêt des traitements médicaux lourds dans le but de limiter l’acharnement thérapeutique sur un patient ayant peu de chances de bénéficier de traitements efficaces et à court terme pour l’aider à faire améliorer positivement et notablement son état de santé. De plus, cette loi a pour objectif de développer les soins palliatifs administrés au patient dans un but d’alléger ses douleurs. Rappelons qu’un soin palliatif est un produit donné à un patient en phase terminale, dans un but d’alléger ses souffrances physiques et morales.

L’engagement n°21 du candidat Hollande consistait à « Introduire la possibilité de bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité, dans des conditions précises et strictes ». En effet, tout en rendant hommage à la Loi Léonetti de 2005, ayant permis à la France de faire un pas en avant concernant la question de fin de vie, François Hollande s’interroge sur les limites de cette dernière.

A ce sujet, le mardi 17 juillet 2012, était remis, le rapport du professeur Didier Sicard à l’Elysée, relatif à « l’assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ». Ce dernier, qui tient compte de l’avis du Conseil National de l’Ordre des Médecins,  propose que le la Loi Leonetti soit toujours appliquée, tout en permettant, si le patient le réclame pour diverses raisons et à plusieurs reprises, une sédation terminale, c’est-à-dire l’administration d’un produit plongeant l’individu, dans un premier temps dans le coma et entraînant ensuite la mort. A noter que ce rapport écarte l’euthanasie active, c’est-à-dire un geste médical radical provoquant la mort instantanée. La méthode proposé fait que le décès du patient n’interviendra pas tout de suite, il sera d’abord plongé dans un coma.

Le rapport Sicard, s’est donc prononcé en faveur d’un renforcement de la loi déjà existantes concernant l’accompagnement de fin de vie, en permettant d’abréger les souffrances causés par une maladie incurable, tout en laissant interdit l’euthanasie active, jugée dans le rapport comme « la barrière d’un interdit ».

Suite à ce rapport, le Chef de l’Etat a aussitôt saisi le Conseil Consultatif National de l’éthique (CCNE), qui est un organisme de réflexion scientifique et philosophique ayant uniquement un rôle consultatif. François Hollande a pris cette initiative, afin de l’interroger sur les directives anticipées écrites par le patient, les « conditions strictes pour permettre à un malade conscient et autonome, atteint d’une maladie grave et incurable, d’être accompagné et assisté dans sa volonté de mettre lui-même un terme à sa vie » ; les conditions pour « rendre plus dignes les derniers moments d’un patient dont les traitements ont été interrompus à la suite d’une décision prise à la demande de la personne ou de sa famille ou par les soignants ». Une fois que le CCNE aura défini la modalité de la nouvelle loi sur l’accompagnement de fin de vie, le gouvernement soumettra cette dernière au parlement. A noter que la proposition de loi concernant la fin de vie est prévue pour Juin 2013.

De plus, il est utile de préciser que François Hollande et le gouvernement ne veulent pas parler d’euthanasie, jugé comme trop brutale et trop radicale mais plutôt d’accompagnement de fin de vie dans la dignité.

La représentation Nationale, forte de sa légitimité démocratique et des informations, avis et recommandations auxquels elle a accès, se doit de se saisir du sujet afin de faire évoluer les dispositions le concernant. Il s’agit d’amener à faire progresser, doucement mais sûrement, à l’avancement des mentalités, des positions et des intentions pour donner satisfaction aux personnes concernées, si, bien sûr,  acceptation il y a. C’est le même cheminement qui a prévalu pour la légalisation de l’avortement, l’abolition de la peine de mort ou même le mariage pour tous récemment adopté. Il est temps de donner la possibilité à toute personne atteinte de souffrance physique et/ou morale dû à une maladie incurable d’abréger ses souffrances par le biais d’une assistance médicale.

C’est ce que tente de faire le gouvernement, en préparant une proposition de loi, dans la concertation, sur l’accompagnement de la fin de vie. Le débat est ouvert !

Clément LAGARRIGUE


Sources:

http://www.techno-science.net/?onglet=glossaire&definition=5988

http://agora-2.org/thematiques/inaptitude.nsf/Dossiers/Suicide_assiste

http://www.touteleurope.eu/fr/actions/social/sante-publique/presentation/comparatif-l-euthanasie-en-europe.html

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000446240

http://www.lemonde.fr/sante/article/2012/12/18/le-rapport-sicard-propose-de-respecter-les-malades-jusqu-a-donner-la-mort_1807770_1651302.html

Auteur de l’article : Jeunes Socialistes du Lot