Relance ou austérité ?

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          Relance ou austérité ? Sérieux budgétaire visant à rétablir l’indépendance et la crédibilité de la France ou politique de relance visant à redonner une dynamique productive immédiate ? Le texte proposé par la Motion 3 (dite « aile Gauche du PS ») a relancé un débat qui n’est pas prêt d’être clos. A vrai dire, autant les propos des tenants de ce texte paru en avril 2013[1] que les propositions du Gouvernement[2] tiennent la route. Ce texte a pour objectif de vous expliquer pourquoi. Il n’est toutefois pas exhaustif, le problème touchant à une très grande diversité. 

          Une maîtrise des dépenses publiques, dite de « sérieux budgétaire », a été menée depuis un an par l’actuelle Majorité. L’objectif de 3% de déficit public[3] par an fixé à la fois par la Commission Européenne et le Gouvernement français peut être vu de deux manières. La première, défendue par le Gouvernement et la Majorité Parlementaire, voit dans la limitation du déficit une indépendance du pays. Il est vrai que les emprunts de l’Etat et des Administrations sont détenus à 65% par des agents économiques non-résidents, non français[4]. Aussi, réduire ce déficit, réduire les dépenses, augmenter les recettes, notamment par les impôts, a pour objectif de limiter la dépendance vis-à-vis des marchés financiers qui font régner une certaine terreur via les agences de notation. Ces dernières évaluent les capacités des Etats à pouvoir rembourser leur dû et de cette appréciation dépend une note qui fera augmenter ou diminuer le taux d’intérêt payé par l’Etat sur sa dette. Et cela n’est pas négligeable : en 2012[5], le service de la dette (remboursement des intérêts annuels et d’une partie du capital) représentait 48.8 milliards d’euros (soit autant que le budget de l’Education Nationale) où l’on voit qu’une faible variation du taux d’intérêt peut poser de gros soucis.  

Aussi, limiter l’endettement, c’est limiter l’emprise des marchés financiers. Il faut aussi reconnaître que s’endetter devient épuisant : l’endettement ne garantit en aucun cas la stabilité des dépenses qu’il permet d’assumer ; s’il nous arrive de ne plus pouvoir nous endetter, ces missions très nombreuses et essentielles pour notre pays risquent de ne plus être aussi bien remplies ce qui pose un sérieux problème. Des signes encourageants existent toutefois, la France est un pays qui reste réputé. Notre pays est honnête et tient à assumer ses responsabilités et ses engagements. Les agents financiers l’ont bien compris et les taux d’intérêt qu’ils exigent sur la dette française diminuent à des plus bas historiques[6]. De même, les politiques de sérieux budgétaire (ou d’austérité pour leurs opposants) semblent être de plus en plus intenables. La Commission Européenne a récemment autorisé la France à prendre deux ans supplémentaires afin de réduire son déficit à 3%.

Cet acte politique et économique fort a des impacts non négligeables. Les politiques de « sérieux budgétaires » ont eu la fâcheuse d’être appliquées sans cohérence globale. Elles ont été mises en place à chaque exercice comptable afin de faire au mieux. Consistant à opérer des coupes fines dans à peu près tous les budgets, elles ont entraîné dans des situations difficiles nombre d’acteurs (ménages, entreprises, administrations) publics et privés qui ne peuvent remplir correctement leur rôle. La conséquence logique de tout cela est une sorte d’affaiblissement économique, budgétaire, social, politique et territorial de notre pays. Aussi, le répit accordé par la Commission est d’autant plus bienvenu qu’il peut permettre une maîtrise plus organisée, mieux bâtie et réfléchie dans des conditions différentes que l’on peut espérer meilleures.

Cette pause est bienvenue en raison des impacts du sérieux budgétaire. Les politiques dites d’austérité (baisse des dépenses publiques et/ou d’augmentation des impôts) ont été mises en place, entre autres, par l’ensemble des pays européens qui sont économiquement interdépendants. Aussi, chacun a participé à la désorganisation économique engendrée par la crise et personne n’est apte et/ou n’a la volonté d’inverser la tendance de sorte à redonner un peu de dynamisme économique à l’ensemble de l’espace européen. Or, ce dynamisme, cette nouvelle énergie semble nécessaire. Le chômage, la pauvreté progresse en même temps que la crainte pour l’avenir. C’est un marasme qui semble s’installer durablement, l’expression « usure psychique » ayant été utilisée pour notre pays[7]. Cela est d’autant plus accentué que les structures sociales et mentales qui forgent une grande partie de nos concitoyens n’engagent pas à l’optimisme[8]. De même, les tenants de l’austérité ont pu constater de leurs propres yeux que la thérapie qu’ils proposent s’est transformée en acharnement thérapeutique aux conséquences plus que douteuses : les coupes dans les dépenses publiques étant plus néfastes que prévu[9].

De même, nombreuses sont les questions au sujet du remboursement.  A quoi bon rembourser 1 420 408 890 026 euros ?[10] A quoi bon rembourser cet argent à des établissements financiers qui ont été renfloués avec une partie de ces sommes ? Il faut être honnête, cet argent nous le devons, mais à quoi s’échiner durant des siècles à rembourser des montants qui dépassent l’entendement ? Qui détient réellement ces avoirs ? A quel titre ? Dans quel but ? Les ménages en surendettement (« on entend par « surendettement », sans toutefois se limiter à ce sens, la situation où l’obligation débitrice d’une personne ou d’une famille excède manifestement et/ou sur une longue période ses capacités de remboursement »)[11] ont le droit à des mesures particulières pour se sortir de cette ornière. Comment envisager sereinement et sérieusement ce remboursement alors que la dette publique mondiale s’élève à plus de 50 000 milliards de dollars[12] ? Chaque jour, de nombreuses personnes prétextent de l’exception française, de notre coût du travail mais les explications de l’endettement sont aussi nombreuses que les individus, les Etats et les organisations. Si des explications communes peuvent exister, c’est aussi des motifs divers et variés qui font que nous sommes dans une situation aussi délicate que la Grande-Bretagne, les Etats-Unis…

Auguste Comte disait « l’Humanité se compose plus de morts que de vivants », l’économie mondiale repose sur plus de dettes que de revenus. Aurait-on oublié que générer des revenus, des bénéfices et des profits (de toutes sortes) demande des investissements humains colossaux très lourds à assumer? Aurait-on oublié que notre soif de maîtrise du monde sous tous ses aspects nous amène à dépenser pour notre mieux être : santé, investissements, infrastructures, éducation, production, exploitation de nos ressources physiques et cognitives sont de fragiles avancées qu’il faut sans cesse consolider en dépensant plus : est-ce un mal ? La dette et l’argent ont été frappés d’une définition qui aujourd’hui pose problème. Pourquoi ne pas réécrire ces définitions ?

On pourra dénoncer l’ « irresponsabilité » (terme très relatif très en vogue) de la Motion 3 en proposant un plan de relance. Toutefois, ses propositions sont elles aussi pertinentes car elles demandent l’établissement d’un espoir. Il faut sortir nos populations du chômage, du blocage. Il y a encore tant à faire à commencer par réparer les erreurs humaines et écologiques du passé et consolider ce qui a été fait jusqu’alors. Relancer, au lieu de prendre ce terme dans sa définition financière, prenons le dans le sens humain : relançons à notre façon l’enthousiasme des Trente Glorieuses, redonnons un sens plus dynamique et souple à notre société… Conjuguons mieux nos points de vue : autant les partisans du sérieux budgétaire que ceux de la relance ont des points de vue et des arguments pertinents qui se complètent. C’est notre relation à l’argent qui est en question : maître ou serviteur. A nous de donner à ce débat une orientation nouvelle. La question est démocratiquement et économiquement fabuleuse et mérite que l’on s’y intéresse pour mettre les compteurs à zéro. Il n’est pas forcément question de se faire comptable des erreurs de l’ensemble des parties prenantes : chacun en a fait. Il s’agirait plutôt d’observer ce qui a été fait de bien, de le valoriser pour construire et donner un nouveau sens à notre société.

Pourquoi ne pas nous lancer dans un moratoire de la dette et déterminer ce qui doit être remboursé ou pas et à qui ? Rembourser, oui, mais pas pour n’importe quoi…Ce pourrait être une première pierre à un nouveau rapport à l’endettement, savoir ce qui peut être légitimement dû et à quel type d’acteur…. Vaste sujet dont la complexité est résumée au sein du PS !

Sources: 

[1] http://www.maintenantlagauche.fr/wp-content/uploads/Tournant-de-la-relance.pdf

[2] Lettre d’informations du MJS 46 de Mars 2013 (newsletter de Mars)

[3] Situation dans laquelle les dépenses de l’Etat sont supérieures à ses recettes ce qui nécessité des emprunts afin de boucler le budget, en d’autres termes d’équilibrer recettes et dépenses

[4] http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/08/10/a-qui-appartient-la-dette-de-la-france_1558009_823448.html

[5] http://www.senat.fr/rap/l11-107-312/l11-107-3120.html

[6] http://lexpansion.lexpress.fr/economie/la-france-emprunte-a-des-taux-historiquement-bas-une-bonne-nouvelle_379252.html

[7] http://www.ladepeche.fr/article/2010/02/23/783417-mediateur-republique-decrit-societe-usure-psychique.html

[8] http://www.decitre.fr/livres/la-peur-du-declassement-9782021002409.html

[9] http://lexpansion.lexpress.fr/economie/comment-l-austerite-a-perdu-l-essentiel-de-ses-partisans_381913.html

[10] http://www.aft.gouv.fr/

[11] https://wcd.coe.int/ViewDoc.jsp?Ref=CM/Rec%282007%298&Language=lanFrench&Ver=original&Site=CM&BackColorInternet=DBDCF2&BackColorIntranet=FDC864&BackColorLogged=FDC864

[12] http://www.citedeleconomie.fr/L-horloge-mondiale-de-la-dette

Auteur de l’article : Jeunes Socialistes du Lot

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